États généraux : stratégie pour l'avenir Jusqu’aux états généraux des Chambres de France en décembre prochain, Commerce International se penche sur les 11 étapes accueillant les réunions décentralisées. Onze villes comme le nombre de thèmes de réflexion choisis afin de définir la stratégie des Chambres hexagonales d’ici à 2020. Au programme ce mois-ci, les étapes d’Évry, Rennes, Angers et Montluçon.ÉTAPE 1 Évry : Innovation et recherche, mode d’emploi Par Alexandre T. Analis Les états généraux des CCI initiés par Jean-François Bernardin, président de l’Assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie (ACFCI), ont démarré le 29 mai à Évry, au siège de la CCI de l’Essonne, en présence, notamment, de Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. À cette occasion, l’ACFCI a présenté les résultats d’une étude qu’elle avait commandée avec Oseo à l’Ifop sur le thème de l’innovation dans les PME françaises. Effectuée par téléphone du 5 au 16 mai, cette étude a consisté à interroger un échantillon de 508 dirigeants d’entreprises de 20 à 259 salariés. Elle montre tout d’abord que 65 % des PME concernées ont innové au cours de ces cinq dernières années, que ce soit au niveau de leurs produits, des procédés ou des méthodes marketing utilisées. Les PME comptant entre 50 et 99 salariés se démarquent par un taux d’innovation supérieur à la moyenne (82 %). C’est surtout dans les domaines du commerce (79 %) et de l’industrie (73 %) que les dirigeants d’entreprise ont investi et innové pour améliorer les performances de leur entreprise. À l’inverse, seulement une PME sur deux des secteurs de la construction et des services aux entreprises ont fait le choix de l’innovation depuis 2003. Les principaux axes d’innovation adoptés par les PME au cours des cinq dernières années concernent avant tout les produits (55 %) et les modes d’organisation (49 %) devant les procédés (37 %), les services (34 %) et les méthodes marketing (30 %). Lorsqu’il s’agit de s’engager dans de nouveaux projets d’innovation, les PME se tournent en priorité vers leur fournisseur ou client (38 %), mais aussi vers leurs partenaires financiers (17 %). La satisfaction à l’égard des différents acteurs sollicités pour épauler les PME dans leurs projets d’innovation est globalement satisfaisante avec une note moyenne comprise entre 6,8/10 pour les CCI et 8/10 pour Oseo. La révélation la plus surprenante de cette étude réside toutefois dans la principale raison d’immobilisme invoquée par les entreprises qui n’ont pas innové : « Le marché n’était pas demandeur d’innovation » (41 % !). Ce résultat n’a pas été sans provoquer la perplexité de tous les participants à la conférence… ÉTAPE 2 Rennes : Pour une innovation européenne Par Laureen Melka L’Assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie (ACFCI) s’est rendue à Rennes le 24 juin dernier. En pleine semaine de l’innovation en Bretagne, le thème choisi par la CCI de Rennes a complété celui précédemment choisi par l’Essonne. Après « l’innovation et la recherche », il a cette fois été question d’innovation sous l’angle de la compétitivité des PME. Parmi les temps forts de cette rencontre, l’intervention de Typhaine Beauperin, conseillère en affaires européennes d’Eurochambres. Cette dernière a, en effet, rappelé que, malgré la croissance européenne soutenue de 2006 et 2007, l’Europe conservait un retard de trente ans sur les États-Unis en matière de Recherche et Développement. Et de prévenir que si la Chine maintenait sa croissance actuelle, elle pourrait bien rattraper l’Union européenne d’ici à quinze ans. Alors que l’innovation constitue un levier essentiel de croissance des PME, Typhaine Beauperin a mis en exergue les récentes expériences d’incitation à l’innovation menées dans les Chambres de commerce d’Autriche et d’Espagne. Déplorant ensuite l’échec des politiques européennes menées depuis 2000 (la Stratégie de Lisbonne, la Charte européenne des petites entreprises…), Typhaine Beauperin s’est, en revanche, réjouie de l’adoption officielle d’un Small Business Act européen. Un autre temps fort de cette étape rennaise fut la présentation de l’étude Ifop réalisée pour l’ACFCI et Oséo auprès des 508 dirigeants d’entreprises. Si l’étude indique donc que 65 % des PME françaises avaient innové durant ces cinq dernières années (en produits, procédés et marketing), elle montre aussi, par ailleurs, que le recours des PME à une collaboration interentreprises reste plus fréquent que le contact avec un pôle de compétitivité. ÉTAPE 3 Angers : Mobilité durablePar Cécilia DubéPoursuivant son parcours régional à la rencontre des « Gaulois indépendantistes que sont les présidents et directeurs généraux de Chambres de commerce », Jean-François Bernardin s’est rendu à Angers le 26 juin. Au programme de cette troisième étape : la mobilité, les infrastructures et le développement durable des territoires. Après une présentation des activités et projets de Réseau ferré de France (RFF) par sa directrice de la Stratégie, Véronique Wallon, les participants de la table ronde se sont intéressés aux transports urbains. Le maire d’Angers, Jean-Claude Antonini, membre du Conseil national du développement durable (CNDD) et vice-président du Conseil régional des Pays de la Loire en charge des Transports, a plaidé en faveur d’une « modification des habitudes », saluant l’exemple de Fribourg et son système de voitures collectives (« carsharing »). « Le grand rêve écologique lié à l’absence totale de véhicules en centre-ville relève de l’utopie, car nous vivons dans une société individualiste », estime toutefois M. Antonini. Pour Jean-Claude Ziv, conseiller chez Veolia Transport, les territoires devraient « s’inspirer d’exemples africains, notamment de Bamako où circulent des véhicules semi-collectifs qui fournissent un service “porte-à-porte” ». Le rôle des Chambres de commerce dans ces réflexions n’a pas été évoqué lors des discussions publiques. Toutefois, la présentation d’une étude réalisée par l’Ifop pour l’ACFCI a mis en avant « le regard des entreprises sur la question des infrastructures ». Comme pour les sondages réalisés à l’occasion des autres étapes régionales, l’objectif de l’ACFCI consiste à rassurer son réseau en cette période de réflexion. « Si les collectivités territoriales demeurent l’acteur principal du développement des territoires (pour 73 % des entreprises sondées, ndlr), les CCI bénéficient, auprès des dirigeants qui les perçoivent comme devant être influentes sur ces questions, d’une image de proximité », révèle notamment l’étude Ifop. ÉTAPE 4 Montluçon : Honneur aux services Par Laureen Melka Organisée par les Chambres d'Auvergne, du Centre et du Limousin autour du thème « Quels services pour les CCI de demain ? », la dernière manifestation avant la coupure estivale a réuni environ 600 personnes. Une réussite pour Jean-François Bernardin, président de l'Assemblée des chambres françaises de commerce et d'industrie (ACFCI), qui a rappelé que « les CCI ne sont pas une fin en soi mais un outil aux services des entreprises. Si l'on veut qu’il perdure, cela implique une modernisation permanente ». Celle-ci doit encore passer par le regroupement de certaines Chambres, à l'instar de la fusion entre les quatre CCI du Puy-de-Dôme. « La France n'est pas géométrique ; l'objectif n'est pas de fusionner pour fusionner, a rassuré Jean-François Bernardin. Il s'agit d'adopter le bon sens du chef d'entreprise qui cherche à offrir le meilleur service au meilleur prix. » Souhaitant que les Chambres établissent une carte consulaire au début de chaque mandature, le président est hostile à la constitution de Chambres régionales qui affaiblirait la légitimité des élus. Il espère pour autant ramener le réseau à environ 120 Chambres d'ici 2010. Par ailleurs, l'étape de Montluçon a permis d'inviter les CCI à davantage de mutualisation et de réfléxion sur les besoins des entreprises à l'horizon 2020. Premier vice-président de l'ACFCI et président de la Chambre d'Auvergne, André Marcon a estimé que les CCI de demain assureront principalement trois types de missions : service aux entreprises (information, conseil…), porte-parole de l'économie, enfin, maître d'œuvre et d'ouvrage. D'après l'étude ACFCI-Ifop réalisée pour l'occasion, les besoins prioritaires des TPE-PME sont le financement et la formation. Pour autant, l'enjeu sera également de rompre l'isolement des entreprises. Dans une économie mondialisée, l'entreprise voisine ne doit plus être perçue comme une concurrente mais comme un partenaire potentiel. © Commerce International 2006 |