Focus CCI franco-américaine, chapitre de San Francisco - Visa pour l’Amérique

Philippe Adam
le 02/01/2006 à 13h32
Du fait de sa présence sur la fameuse Silicon Valley, la Chambre de commerce franco-américaine de San Francisco est un interlocuteur incontournable pour les entreprises françaises des secteurs high-tech et des sciences de la vie. Son expertise s’avère, en outre, indispensable pour comprendre l’American way of business.

Les 3 500 membres, qui la composent, reflètent bien le gigantisme de la Chambre de commerce franco-américaine (FACC). Fondée en 1896, l’association bilatérale, chargée de stimuler les affaires de part et d’autres de l’Atlantique, se divise en 21 chapitres (20 aux États-Unis et un à Paris). Face à l’étendue américaine, ces chapitres se sont développés en structures totalement autonomes, même si le dynamisme économique de certaines zones territoriales ont accordé davantage de charisme à quelques FACC. Ainsi le chapitre de New York est un peu considéré comme une matrice et s’impose comme l’interlocuteur privilégié auprès de l’administration américaine. Le chapitre de San Francisco en est un autre, en raison du rayonnement international de sa région, notamment dans les secteurs du high-tech et des sciences de la vie. Surtout dans la Silicon Valley, territoire sacro-saint pour tous les ingénieurs et les spécialistes des technologies de l’information et de la communication (TIC), qui a vu naître le microprocesseur en 1971, et qui compte plusieurs milliers d’entreprises rompues aux nouvelles technologies.
Le territoire de la Chambre de commerce franco-américaine, chapitre de San Francisco (FACCSF) englobe toute la Californie du Nord, soit de la ville de Sacramento jusqu’à Morgan Hill, au sud de San José (une autre FACC est implantée en Californie du Sud à Los Angeles). Depuis 1978, la FACCSF joue le rôle d’animateur au sein de la communauté d’affaires franco-américaine de la région – 180 membres au total.
« Nous distinguons trois ensembles sectoriels distincts au sein du chapitre de San Francisco. Le premier réuni les acteurs de l’industrie du high-tech et des sciences de la vie, ainsi que les activités de services qui gravitent autour. Ce premier groupe représente une soixantaine de personnes, soit un tiers de nos membres. Un deuxième tiers est composé des dirigeants du secteur des services aux entreprises. C’est-à-dire des consultants B-to-B, des avocats, des banquiers d’affaires, des comptables ou encore des capital-riskers. Enfin le dernier tiers concerne les biens de consommation, la filière viticole, la restauration, les agences de voyages, les médecins, les décorateurs, etc. », explique Carole Granade, directrice de la FACCSF. 

Le premier marché français
Développer les échanges commerciaux entre la France et la Californie du Nord est la mission principale de cette association indépendante membre de l’Uccife (Union des Chambres de commerce et d’industrie françaises à l’étranger). Avec le concours de l’ensemble de ses filières, la FACCSF organise, d’ailleurs, pas moins de 50 évènements par an : des conférences de sensibilisation thématique à l’instar du séminaire sur le capital risque, programmé pour le 26 janvier prochain à Palo Alto ; les déjeuners récurrents « Women in business », où se retrouvent les femmes d’affaires de la région (8 mars 2006) ; des rendez-vous sectoriels comme les conférences high-tech (septembre, novembre, janvier et avril) et les conférences bio-tech (quatre fois par an également). Carole Granade ajoute : « le 29 avril 2006, dans le cadre des 10 années du jumelage entre Paris et San Francisco, notre équipe va organiser le premier marché français. Il devrait prendre la forme d’un « Street Fair », un concept très répandu aux États-Unis, qui est une sorte de foire-exposition en plein air au cœur de la ville. En l’occurrence, il devrait avoir lieu derrière le Ferry Building, au niveau de l’Embarcadero. Des entreprises qui font des produits français, ou à la française, y auront leur stand ».
Car mieux vaut ne pas parler de « French Boycott » à un Californien, en tout cas à un San Franciscain. Les positions de la France à la veille du conflit irakien n’ont eu que peu de résonance à Frisco – nom familier donné à San Francisco dans les années 1960. « Lorsque j’ai rejoint la Chambre, raconte la directrice de la FACCSF, les États-Unis entraient en guerre contre l’Irak. Et même s’il est vrai que j’ai pu recevoir quelques messages insultants sur mon répondeur téléphonique, ce n’est vraiment rien en comparaison du nombre de témoignages de soutien et d’encouragement que j’ai recueillis au même moment. Le Consulat de France à San Francisco a, de son côté, reçu près de 850 lettres dont 80% étaient amicales. Quant aux industriels français installés ici, je ne crois pas qu’ils aient pu souffrir de quoi ce soit. Il ne faut pas oublier que la population est globalement démocrate dans la région ».

Comprendre le capital-risque
Outre l’animation d’évènementiels, la FACCSF a largement développé un pôle de conseils et d’accompagnement pour les Français qui cherchent à atteindre le marché américain. D’abord la Chambre pourra être d’un grand secours pour les nombreux VIE (Volontariat international en entreprise) qui visent la Californie. Les Chambres de commerce franco-américaines, et notamment le chapitre de New York, ont été en effet habilitées par le « US State Department » à délivrer le document DS2019 qui constitue la première étape pour l’obtention d’un visa J-1 (visa de 18 mois généralement remis pour effectuer des stages en entreprise). La FACCSF est, d’ailleurs, le chapitre qui reçoit le plus de demandes de visa J-1.
« Seuls les visas de type H-1, c’est-à-dire des visas de travail permanant, restent une réelle difficulté pour les employés français. Les bureaux de l’immigration ne le délivrent pratiquement plus. Il demeure la possibilité de gagner son visa grâce à la loterie pour la « green card » (ndlr inscription début octobre chaque année). C’est de cette façon que j’ai obtenu la nationalité américaine, ainsi que beaucoup de mes collaborateurs, » souligne Carole Granade.
Il s’agit aussi de mettre en contact des chefs d’entreprise avec des partenaires français, d’organiser des missions de prospection, de publier les offres d’emplois des entreprises qui gravitent autour de la Chambre et de leur proposer des candidatures bilingues. Un soutien absolument nécessaire à en croire la directrice de la FACCSF, surtout en raison du faussé culturel entre les Français et les Américains en matière de business. En fait, le problème réside sur la notion de capital-risque (ou venture capital ou VC) très répandue aux États-Unis, et trop peu en Europe. Ces fonds, investis en capital dans une entreprise innovante, représentant un placement risqué mais laissant espérer une forte rentabilité en cas de succès, attirent en effet beaucoup les entrepreneurs du vieux continent, souvent las de la frilosité du système bancaire européen.
« J’ai régulièrement dans mon bureau des Français, typiquement de petites entreprises du secteur des high-tech, qui recherchent du capital-risque. Mais ces chefs d’entreprise ont beaucoup d’exigences. Par exemple, ils voudraient conserver le contrôle majoritaire de leur société, ou développer leurs affaires aux États-Unis tout en gardant leur siège en France. Et lorsque je leur demande à combien s’élèverait le montant du capital, la réponse est entre 200 000 ou 300 000 dollars, ce qui correspond davantage à un investissement bancaire. » dit la responsable du chapitre de San Francisco.
Manifestement, les entrepreneurs français ne connaissent pas les usages du venture capital. Le rôle de la Chambre sera, pour le coup, d’expliciter les conséquences de l’intervention d’un capital-risker dans un projet de développement. Par exemple : savoir que compte tenu des risques liés à l’investissement, le capital-risker demandera de l’implication et contrôle au sein de la structure, ou bien, avoir connaissance des montants investis usuellement (parfois entre 8 et 10 millions de dollars). À travers du dialogue, des rencontres avec des VC, et des avocats spécialisés, la FACCSF aidera le chef d’entreprise à cerner ce paysage et à prendre sa décision finale.
Mais si les capital-riskers ont été les premiers responsables de la naissance, puis de l’éclatement, de la bulle Internet durant la fin des années 1990 jusqu’au début des années 2000, il n’empêche que c’est bien le recours au venture capital qui tend à sortir le secteur high-tech de la crise depuis un ou deux ans. L’engouement pour les jeunes entreprises innovantes reprend et les investissements suivent.
Pour accompagner les efforts de reprise, la FACCSF a concentré ses actions sur le high-tech et le bio-tech. Depuis l’an dernier, Carole Granade et ses équipes ont initié le « Start-up Booster », qui consiste à délivrer une formation de 8 semaines pour « pré-incuber » des projets d’entreprises. Le bilan positif devrait inciter le chapitre de San Francisco à reconduire l’opération deux fois par an dès cette année (premier semestre science de la vie, deuxième semestre high-tech).
Enfin les sollicitations croissantes dans les autres secteurs que sont la grande distribution, ou les métiers de bouche et de production viticole, vont d’ici peu faire naître de nouvelles missions pour la FACCSF. La présence française dans les métiers qui tournent autour du vin est, en effet, importante autour des cépages de la Napa Valley, au nord de la baie de San Francisco, et a besoin de se consolider. En attendant, la Chambre de Frisco invite les intéressés à célébrer le Beaujolais nouveau le 18 novembre 2006 !










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