Genève, ville de mécénat

Le 2010/02/01 à 10:29
Pascale Decressac

Siège européen des plus grandes organisations internationales, Genève est le lieu de rendez-vous des grands de la planète, mais aussi la capitale des musées et des amoureux de l’art. Dans ce contexte, son musée d’Art et d’Histoire, aujourd’hui centenaire et emblème de la richesse culturelle de la ville, prépare son renouveau.


genève_mars10

Chaque année, Genève consacre 20 % de son budget à la culture, soit 235 millions de francs suisses (160 millions d’euros). La valorisation des œuvres artistiques et culturelles est une tradition pour la ville, qui a été l’une des premières au monde à créer un musée. Baptisé musée Rath, il voit le jour en 1830 et a vocation à exposer, faire connaître et conserver tant les originaux issus de donations que les plâtres qui servaient de modèles à l’étude des arts. Ce n’est que 80 ans plus tard, en 1910, que sortira de terre, poussé par l’engouement populaire, le musée d’Art et d’Histoire, grand et bel édifice construit autour des collections qu’il se destinait à abriter.

 

Une collection riche et éclectique
Le musée d’Art et d’Histoire comprend le musée de la rue Charles-Galland, mais également le musée Rath, la maison Tavel, consacrée à l’histoire urbaine et à la vie domestique genevoise, et le musée Ariana, musée suisse de la céramique et du verre. Au total, le musée d’Art et d’Histoire mobilise 250 personnes, accueille 300 000 visiteurs par an et compte un million d’œuvres, dont un grand nombre faute de place est relégué dans les réserves. De Picasso à Vuillard en passant par Cézanne ou Giacometti, les plus grands artistes sont représentés. Certaines pièces peuvent même se targuer de compter dans l’histoire mondiale de l’art, comme la célèbre Pêche miraculeuse de Konrad Witz, où figure la première représentation européenne topographiquement exacte d’un paysage. Le musée expose également des antiquités égyptiennes, grecques, étrusques et suisses, des œuvres médiévales majeures, une grande collection d’arts appliqués (vaisselle, mobilier, costumes, tissus, céramique…), des armures et armes anciennes, des instruments de musique, une grande collection d’horlogerie et même quelques œuvres d’art contemporain. En outre, le musée dispose d’une très ancienne bibliothèque d’art et d’histoire qui recèle l’un des principaux fonds européens d’histoire de l’art.

 

Chaque année, de grandes expositions sont organisées au musée Rath. Après Giacometti (novembre 2009-février 2010), il présentera en 2011 les perles d’horlogerie. Puis ce sera au tour des instruments de musique de s’exhiber en 2012, tandis que les trésors byzantins d’Europe centrale devront patienter jusqu’en 2013. Après un siècle d’existence, le musée d’Art et d’Histoire a besoin d’un petit coup de jeune. Afin de le moderniser et de l’agrandir, la ville de Genève a lancé un grand concours gagné en 1998 par Jean Nouvel. L’architecte du musée du quai Branly à Paris a redessiné le musée avec une vision totalement révolutionnaire proposant de construire, en place de l’actuelle cour centrale, une grande tour de verre qui permettra de passer de 7 500 à 11 300 m² d’exposition et d’exposer des collections actuellement reléguées dans les réserves, comme les pièces d’horlogerie ou les instruments de musique. « Il est temps pour le musée d’art et d’histoire de reconquérir son public », affirme Jean-Yves Marin, son nouveau directeur, qui entend redynamiser le musée tout en le réintégrant dans le circuit des visites. « Nous devons être le lien entre la Genève internationale et celle que les Genevois vivent au quotidien, un lieu de synthèse », affirme-t-il.

 

Une ville culturellement attractive
Le principal handicap du musée d’Art et d’Histoire est d’être noyé dans l’offre culturelle pléthorique de Genève. En effet, outre l’offre muséale (Genève dispose d’une quarantaine de musées et centres d’art, dont certains incontournables comme le musée de la Réforme ou celui de la Croix-Rouge), Genève propose une vaste offre de spectacles (théâtre, danse, musique…) se produisant dans 47 salles de spectacle, dont 17 théâtres, organise une cinquantaine de festivals (dont six festivals de cinéma) et s’ouvre de plus en plus à l’art contemporain, comme en témoignent la domiciliation de L’Usine, lieu incontournable de la culture alternative, et la création du quartier d’art contemporain. « La spécificité de Genève est sa très grande diversité d’expression culturelle », affirme Jean-Bernard Mottet, conseiller à l’information, à la communication et aux publications du département de la culture. Une spécificité qui se révèle être un atout supplémentaire pour les entreprises s’installant dans la ville hébergeant le siège européen de l’ONU, 25 organisations internationales (Unesco, OMS, OMC, CERN, UIT, ACICI…), 200 ONG et 150 missions. En effet, cette offre culturelle très riche est un argument supplémentaire pour attirer des professionnels de haut niveau souvent attirés autant par la qualité de vie que par l’intérêt du poste. « Quand une entreprise décide de s’installer à Genève, la qualité de l’offre culturelle constitue un vrai atout », note Boris Drahusak, directeur du département de la culture.

 

Ville des mécènes
Si Genève est devenu un haut lieu des décisions planétaires, c’est grâce à son positionnement géographique stratégique, à la performance de sa desserte (toutes les grandes villes du monde sont desservies par l’aéroport) et de ses services (notamment pour la petite enfance), à son cadre naturel entre lac, montagnes et parcs, mais aussi à son ouverture sur d’autres cultures. De tout temps en effet, la Suisse a su établir des liens avec l’étranger, sur le plan diplomatique comme sur le plan culturel, tout en affirmant sa volonté de non belligérance. Ainsi, pendant la guerre d’Espagne, Genève a accueilli les œuvres du Prado (Madrid) pour les préserver de la destruction. Aujourd’hui, c’est encore à Genève que sont conservées nombre d’œuvres emblématiques de Gaza. « Nous nous engageons à conserver ces collections pour les protéger, mais nous espérons pouvoir les rendre le plus tôt possible, ce qui signifierait que le conflit est terminé », explique Patrice Mugny, conseiller administratif de la ville de Genève en charge du département de la culture. Et cette vocation de conservation peut avoir des effets inattendus. Ainsi, c’est grâce à la conservation, au jardin botanique, de plantes venues des pays du Sud qu’ont pu être réintroduites dans certains pays des espèces indigènes en ayant disparu.

 

Mais la première source de richesse de la ville, ce sont ses mécènes. Berceau de la réforme protestante opérée par Calvin, Genève est une ville qui « ne montre pas ses richesses », pourtant innombrables. Ainsi, derrière des devantures sobres et sans ostentation se cachent des trésors, dont certains poursuivent leur vie dans des musées. Le mécénat est une tradition à Genève. La majeure partie des collections muséales en est aujourd’hui issue et 40 millions de francs suisses ont été versés par un seul sponsor pour la rénovation du musée d’Art et d’Histoire. Si le mécénat est souvent le fait de familles bourgeoises amatrices d’art, les entreprises s’adonnent aussi à cette pratique qui permet de disposer de lieux privatisés pour l’organisation de manifestations, de soirées ou de visites, mais surtout d’avoir une visibilité mondiale à travers les médias.

Genève dispose d’une grande capacité hôtelière (127 hôtels et 4 984 lits) et d’un centre international de conférence comprenant deux centres de conférences distincts (le CICG et le CCV) mettant à la disposition des organisateurs d’événements 4 salles de conférences de 22 à 1 592 places, modulables à souhait et dotées pour certaines de cabines d’interprétation en 6 ou 8 langues, de 14 salles de commission de 12 à 100 places, d’espaces polyvalents totalement modulables, d’espaces d’exposition, de restauration, et même de terrasses privatisables…

Dossiers

Business Class
Rz_65b
Le 15 mars 1954, rue Tronchet à Paris, Jacques Courtin-Clarins crée le premier Institut Clarins avec cette vision pio...

Voir tous nos articles business class

Vidéos
Le 2014/09/11 à 12:36
Le 2014/09/04 à 14:40
Le 2014/09/04 à 14:38
Le 2014/09/04 à 14:36
Le 2014/07/02 à 10:15
Le 2014/07/01 à 16:09

Voir toutes nos videos

Dossiers
Conseil_accompagnement
Assurances
« Le prophète s'assure de l'événement avant de le prédire. » Horace Walpole
Rz_trans009
Transport
"L'imagination est la meilleure compagnie de transport au monde." Roger Fournier.
Rz_83
La révolution numérique
Elle est en marche. Elle chamboule tout, accélère notamment les échanges commerciaux, facilite certaines relations et change profondément les mécan...

Voir tous nos dossiers