
Illustration : Thierry Cap de Coume
Engluée dans une conversion industrielle douloureuse et frappée par un taux de chômage de près de 22 %, Barcelone, au début des années 1980, n’était pas la ville européenne rayonnante qu’elle allait devenir vingt ans plus tard, grâce notamment à l’organisation des jeux Olympiques de 1992. Répartis sur la zone métropolitaine, ces jeux ont été en partie inspirés par les recommandations du plan stratégique métropolitain de Barcelone (PEMB), qui utilise encore aujourd’hui un même modèle de partenariat public-privé pour renforcer l’essor et le rayonnement international de cette zone aux 3,15 millions d’habitants.
Installées entre les montagnes et la Méditerranée, Barcelone et les municipalités alentour forment un ensemble inextricable.
« Un corner du stade du club de football catalan l’Español se trouve à Prat et les cages sont à Cornella, deux villes voisines de Barcelone », s’amuse un porte-parole de la Zone métropolitaine de Barcelone (AMB), une organisation née des premiers plans d’urbanisme du milieu du XXe siècle, qui chapeaute aujourd’hui trois pôles indépendants : la gestion des transports, celle de l’environnement (déchets et eau) et une communauté de communes (Mancomunidad) regroupant 36 municipalités de la zone. L’association des municipalités étant volontaire, c’est ensemble qu’elles décident du budget à doter, dans ce cas en reversant 9 % de l’enveloppe des revenus qui leur est cédée par l’État. Pris ensemble, les trois budgets représentent 1,5 milliard d’euros, soit le troisième plus important de la région derrière ceux du gouvernement catalan et de la mairie de Barcelone.
Ces villes forment un ensemble d’autant plus cohérent que la périphérie de Barcelone est surnommée la « ceinture rouge », en référence à la couleur politique des municipalités qui la composent. Aujourd’hui, le puissant gouvernement régional est lui aussi dirigé par une alliance de gauche, ce qui facilite les synergies essentielles au bon fonctionnement d’une structure prise en étau entre différents échelons territoriaux. Le passé a d’ailleurs prouvé que cette coordination métropolitaine, mal définie à l’échelon national, pouvait se montrer fragile : c’est le gouvernement catalan qui, dirigé dans les années 1980 par les souverainistes conservateurs de CiU, a dissous et divisé en trois pôles l’ancêtre de l’AMB. Aujourd’hui, un consortium centralisant ses trois pôles est en voie d’être recréé avec, cette fois, la bienveillance des forces politiques.
En 1988, avec l’AMB décapité, et à l’approche des jeux Olympiques de 1992, un Plan stratégique métropolitain de Barcelone (PEMB) fut fondé pour élaborer une stratégie d’avenir. Cette association privée à but non lucratif recouvre officiellement depuis 2003 la même zone métropolitaine que l’AMB, qui en est d’ailleurs membre. Selon un rapport de l’Association française des CCI métropolitaines (rapport du cabinet bruxellois Ramboll), le PEMB bénéficie d’une
« une implication exemplaire de la société civile », avec plus de 300 institutions relevant des secteurs publics et privés comme membres volontaires.
Il est financé en partie par le gouvernement régional, les mairies et la Chambre de commerce de Barcelone, ainsi que par de grandes organisations comme le port et l’aéroport de Barcelone, et les donations de ses autres membres.
« Le plan n’a pas de pouvoir exécutif, mais propose des directions », explique Francesc Santacana, son coordinateur.
Après le boom entraîné par l’organisation des Jeux, Barcelone a cherché un nouveau souffle à la fin des années 1990 en lançant notamment le projet Forum, une zone d’hôtels et de palais des congrès, ainsi que l’amélioration de sa plate-forme logistique avec le port, l’aéroport (32 millions de passagers en 2007) et la zone franche. Le plan a plus récemment inspiré le projet 22@, l’aménagement d’un ancien quartier industriel en district spécialisé dans les nouvelles technologies, et se concentre désormais sur les secteurs des biotechnologies et des médias, en plus de projets d’infrastructures (développement des lignes de métro et à grandes vitesses etc.). La métropole veut aussi s’inscrire au cœur des relations méditerranéennes.
« Barcelone a évidemment beaucoup d’influence sur l’ensemble du groupe », reconnaît Francesc Santacana.
« Mais il existe une très bonne entente entre toutes les municipalités, ce qui s’explique peut-être par leurs identités marquées. Aucune n’a de complexe vis-à-vis de la capitale. » Le PEMB cherche désormais à établir un nouveau modèle de partenariat public-privé.
« Nous voulons que nos membres passent de la participation à la gestion. »