
Illustration : D.R.
Comment identifier, sélectionner puis classer les PME européennes les plus innovantes ? Certes, il existe dans certains pays des agences nationales consacrées à l’innovation, à l’instar d’Oséo en France. Mais celles-ci, quand elles attribuent des prix annuels, récompensent parfois de grandes entreprises, voire des clusters… Et au niveau communautaire, on trouve surtout des bourses accordées à des programmes de recherche ou à des projets précis, ainsi que des études de mesure de l’innovation dans les différents pays de l’Union, mises en perspective avec les politiques publiques nationales. Des enquêtes très instructives, mais qui contiennent peu (voire pas du tout…) d’exemples concrets.
Le classement qu’a établi Commerce International s’appuie sur une étude du cabinet d’audit et de conseil Deloitte. Publié chaque année, le Technology Fast 500 pour la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique) fait référence dans le secteur technologique. Il classe les entreprises suivant un critère unique : la progression (en pourcentage) de leur chiffre d’affaires au cours des cinq dernières années. Les entreprises qui le souhaitent peuvent participer gratuitement à un palmarès national ou régional (pour l’Europe centrale) – en 2008, il y a ainsi eu 18 Fast 50 concernant 23 pays –, et les 500 plus performantes de l’ensemble intègrent le Fast 500 EMEA.
Les conditions pour participer à ces compétitions : d’abord, être une entreprise
de technologie,
« c’est-à-dire soit être propriétaire d’une technologie brevetée, soit fabriquer un produit technologique, soit consacrer au moins 15 % de son chiffre d’affaires à la R&D » ; ensuite, avoir un chiffre d’affaires au moins égal à 50 000 euros (parfois plus dans certains pays – 76 000 euros pour la France par exemple) lors de la première année de référence (2003 pour le classement 2008), et avoir clôturé au minimum quatre exercices fiscaux de 12 mois ; enfin, ne pas être contrôlé à plus de 50 % par un autre groupe.
« Globalement, nous identifions les entreprises technologiques innovantes qui ont les plus fortes progressions du chiffre d’affaires, indique Grégoire Louvieaux, manager responsable du Fast 50 pour la France.
Le critère des cinq années d’existence minimum entraîne par ailleurs que la quasi-totalité des entreprises classées sont rentables et ont des effectifs en croissance. Enfin, ce classement est composé en grande majorité de grosses PME, qui ont un chiffre d’affaires moyen compris entre 15 et 20 millions d’euros. »Concernant les pays, l’étude de Deloitte couvre une zone géographique plus large que celle de l’Union européenne (notamment Israël, la Russie ou encore la Turquie) ; des pays qui ne figurent pas dans notre classement, qui se limite aux seuls membres de l’UE. A contrario, le Technology Fast 500 délaisse des pays de l’UE, qui sont – malheureusement – également absents de notre Top 50. C’est le cas du Luxembourg, de la Belgique, de la Slovénie, de l’Italie, de Chypre, de l’Espagne, de Malte et de la Grèce.
« Dans certains pays, les équipes de Deloitte sont moins investies dans le secteur technologique, explique Grégoire Louvieaux.
Mais cela ne veut pas dire que l’innovation technologique y est totalement absente. Cela s’explique par un choix de la firme nationale de ne pas réaliser de palmarès dans son pays. En effet, rien ne l’oblige à le faire au niveau du groupe ; tout repose sur le volontarisme. » Quant à la Croatie, à la Lettonie, à la Lituanie et au Portugal, si ils manquent aussi à l’appel de notre classement, c’est parce qu’aucune de leurs entreprises ne s’est classée parmi les 500 premières du palmarès de Deloitte (ces quatre pays ayant bien participé à un Fast 50).
Quant à la répartition par nations, Commerce International s’est efforcé de compenser certaines distorsions du Technology Fast 500 au regard du poids de chaque pays en termes d’innovation, tel qu’établi par l’agence PRO INNO Europe (voir deux graphiques ci-contre). Se classent ainsi, dans l’ordre, le Royaume-Uni (9 entreprises), la Suède (8), la France (7), les Pays-Bas (6), l’Allemagne et la Finlande (4), l’Irlande (3), le Danemark (2), la Bulgarie, l’Estonie, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque, la Roumanie et la Slovaquie (1).
Pour ce qui est des secteurs d’activité, l’étude de Deloitte fait la part belle aux entreprises de développement de logiciels (197 sur les 500), à celles des secteurs Internet (98) et réseaux/télécoms (64), devant les sociétés de composants électroniques (41), du secteur de la santé (32) et des périphériques informatiques (13). Une répartition qui influe sur notre Top 50, dont sont en outre exclues les quelques sociétés de plus de 500 personnes. Enfin, et surtout, les 50 entreprises que nous avons sélectionnées ont été classées suivant nos propres critères : degré d’innovation, poids de l’entreprise sur son marché, et intérêt de ses produits et services.