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DOSSIER : L'émergence des grandes métropoles
28 janvier 2010 à 12:12:06 | Envoyer à un ami | Version imprimable
France

Faire cohabiter le fait régional et le fait métropolitain

Alors que les discussions vont bon train sur les réformes consulaire  et territoriale, quelques chambres de commerce promeuvent le « fait métropolitain » en France. En 2007, elles ont créé l’Association des CCI métropolitaines (ACCIM), dont nous parle Jacques Pfister, président de la Chambre de commerce et d’industrie Marseille-Provence (CCIMP), où siège l’association.

Photo : Vincent Lucas/CCIMP
Photo : Vincent Lucas/CCIMP

Commerce International : En 2009, l’ACCIM a commandé au cabinet bruxellois Ramboll une étude sur le rôle des métropoles et du « jeu collectif » territorial. Qu’en espérez-vous ?
Jacques Pfister :
« Cette étude (lire l’encadré) démontre que les métropoles sont des territoires économiques pertinents et la nécessité de travailler en réseau pour déployer le potentiel de ces grands ensembles métropolitains et servir ainsi l’attractivité de nos territoires. Les conclusions du document présentent des recommandations sur lesquelles le monde de l’économie, et en premier lieu les CCI métropolitaines, sont capables de se mobiliser et d’apporter un savoir et une valeur ajoutée au bénéfice direct des entreprises. Cette étude doit permettre de dévoiler en France cette réalité encore trop peu partagée et de définir les grands axes stratégiques sur lesquels nos CCI devront se positionner en lien direct avec les acteurs des territoires. »

La France pourrait-elle davantage s’inspirer d’un ou plusieurs voisins européens sur le rôle à faire jouer aux métropoles ?
J. P. :
« Si nos métropoles ont des atouts économiques, elles disposent d’une marge de progrès considérable en comparaison de ce que font déjà nos voisines européennes. Qu’il s’agisse de système de pilotage, de financement et de pratiques innovantes, nous avons des exemples forts en Europe sur lesquels il faut nous fonder tout en conservant nos identités et nos forces. C’est là tout l’enjeu de la construction des métropoles françaises. »

Quel regard portez-vous sur le projet de loi de réforme des collectivités territoriales, qui prévoit un nouveau statut pour les métropoles ? Les domaines de compétence, en particulier, vous semblent-t-ils clairement définis ?
J. P. :
« Ce texte, dont la version définitive devrait être examinée au Parlement dans les prochains mois, prend en compte la nécessaire reconnaissance administrative des métropoles avec la volonté affichée de mettre en cohérence les différents échelons de gouvernance des territoires. Il est important que le monde de l’économie et les CCI qui en font partie puissent conserver, avec l’ensemble des niveaux de décision, une relation directe et constructive pour le développement de leurs territoires. C’est en ce sens que la question des compétences est importante afin de ne pas créer de cassure entre les différents acteurs qui travaillent en réseau au service des entreprises. Quant à la reconnaissance des métropoles, si elle reste encore floue sur leur domaine de compétence réel, il est important que ce texte puisse les consacrer sans renier le fait régional. »

Comment doivent s’inscrire les Chambres de commerce dans cette évolution territoriale annoncée, alors que le projet de réforme des CCI, favorisant l’échelon régional, s’apprête à être examiné ?
J. P. :
« Aujourd’hui plus qu’hier, les CCI ont vocation à assurer le lien entre attractivité des territoires et compétitivité des entreprises. Elles sont une courroie de transmission et de décision qui a sa place dans le dispositif administratif actuel. Elles devront donc sortir renforcées des réformes en cours. L’échelon métropolitain doit être une chance pour nos chambres d’être plus présentes dans cette relation de partage entre ambitions territoriales et action économique. Il n’y a pas d’incompatibilité à faire cohabiter le fait régional et le fait métropolitain. Au contraire, une grande métropole est au service de sa région et les régions ne peuvent s’affirmer sans de grandes métropoles. »

L’ACCIM appelle à étendre les attributions des chambres rattachées aux métropoles dans la réforme consulaire. Pourtant, le mois dernier, Jean-François Bernardin affirmait dans nos pages : « le projet va passer (en l’état, ndlr) à la fin du mois de mars et c’est tout ! ». Croyez-vous à une modification du texte avant son vote ?
J. P. :
« Nous aurions souhaité que la réforme des CCI soit un sous-ensemble de la réforme des collectivités territoriales, car il y a une forte interdépendance des institutions entre elles et l’économie est aujourd’hui une composante essentielle des politiques territoriales. Donner aux chambres métropolitaines des missions en cohérence avec celles des futures métropoles semble une mesure de bon sens si l’on veut se donner les moyens d’accompagner les entreprises et les territoires vers plus de richesses. Le projet de loi actuel ne le permet pas, mais les chambres métropolitaines le souhaitent et travaillent en ce sens. »

Comment se positionne la CCIMP face au projet d’un Grand Marseille, qui suscite de vives discussions politico-économiques ?
J. P. :
« La CCIMP est favorable aux initiatives qui permettent de faire avancer la réflexion métropolitaine sur son territoire et l’initiative du Grand Marseille fait partie d’un ensemble de propositions intéressantes. Nous sommes aujourd’hui dans une phase de discussions et d’échanges nécessaires à la définition de la métropole de demain. Marseille-Provence a du retard en la matière en comparaison d’autres territoires français. La réussite de la candidature de Marseille-Provence capitale européenne de la Culture en 2013 a permis d’ouvrir un espace de partage et une prise de conscience collective. Dans ce projet, vous retrouvez le monde politique, économique, culturel et social. Marseille-Provence 2013 s’est construit autour d’un périmètre jugé pertinent, que l’on pourrait qualifier de « périmètre métropolitain ». Il n’est en aucun cas venu concurrencer le périmètre régional, bien au contraire. »

Plaidoierie métropolitaine
En octobre 2009, le cabinet bruxellois Ramboll a publié son rapport sur les métropoles commandé par l’ACCIM, composée de huit acteurs de poids dans le monde consulaire (Marseille-Provence, Grand Lille, Paris, Nantes-Saint Nazaire, Bordeaux, Strasbourg-Bas Rhin, Lyon et Nice). L’objectif est de démontrer l’importance du jeu collectif entre métropoles françaises afin de mieux servir l’économie nationale à l’étranger et, de façon plus générale, renforcer la compétitivité des entreprises. Implicitement, il s’agit aussi de plaider en faveur du fameux fait métropolitain, cher à l’ACCIM, dans un contexte confus de réformes. Celle des collectivités territoriales s’apprête à redéfinir le rôle des métropoles en leur donnant un nouveau statut, pendant que celle des chambres donnera davantage de poids au « fait régional » (Chambres régionales de commerce) et au « fait national » (Assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie). Mission accomplie pour le rapport Ramboll, qui, au fil de ses 147 pages, ne manque pas de souligner le rôle indispensable des métropoles, « locomotives de la croissance de leur territoire, alimentées par leurs propres ressources, mais aussi par les coopérations qu’elles sont capables d’initier et d’animer à l’échelle internationale, comme à l’échelle nationale ».  Le mérite de ce document est de dresser le portrait de quatre métropoles ou groupes de métropoles européennes : English Core Cities Group, Barcelone, Oresund (composée de Malmö et Copenhague), Randstad Holland (Delta-métropole). Sans faire l’éloge de chacun de ces cas, le rapport tente d’en dégager les « enseignements », afin d’aider les métropoles et CCI françaises à s’en inspirer davantage.
Le rapport est disponible dans son intégralité sur le site de la CCI Grand Lille : www.grand-lille.cci.fr, via son moteur de recherche.


Cécilia Dubé


Sommaire du dossier :
Europe: L'émergence des grandes métropoles
L’émergence du fait métropolitain reçoit dans chaque...
France: Faire cohabiter le fait régional et le fait métropolitain
Alors que les discussions vont bon train sur les réformes...
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