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| Gonzalo Solana, adjoint au président du Conseil supérieur des chambres de commerce espagnoles |
29 juin 2010 à 11:29 | |  |
« Réformes de fond pour l’Espagne »
En pleine période d’élections, le réseau des Chambres de commerce espagnoles n’en demeure pas moins attentif aux mesures de réforme prises par le gouvernement de José Luis Zapatero. Si elles approuvent ces annonces rigoristes, les Cámaras en veulent encore plus.
 Photo : D.R. Gonzalo Solana est adjoint au président et directeur du département Analyse et Stratégies du Conseil supérieur des chambres de commerce espagnoles. Commerce International : Pourquoi le Conseil supérieur soutient-il le plan de rigueur, annoncé en mai par le gouvernement Zapatero, visant à économiser 20 milliards d’euros ? Gonzalo Solana : « Cela fait longtemps que les entreprises espagnoles réclament une telle action, car la situation traversée par l’économie espagnole exige d’agir avec détermination afin de sortir au plus vite de la crise et récupérer la confiance. Ce plan d’ajustement doit être accompagné de réformes structurelles comme celles du marché du travail et du secteur financier, entre autres, pour rassurer les marchés. »Dans quelle mesure les doutes qui entourent l’Espagne sur les marchés actuellement affectent-ils ses entreprises ? G. S. : « Les problèmes sur le marché de la dette se sont déplacés jusqu’au marché interbancaire qui, en ce moment, est pratiquement bloqué. Les banques espagnoles ont donc du mal à obtenir des liquidités et les crédits n’arrivent pas, à leur tour, jusqu’à l’économie réelle. En temps de crise, lorsque les retards de paiement et les impayés augmentent, les entreprises ont besoin de lignes de financement pour maintenir leur activité. Ce sont donc les principales victimes. » Après deux ans de négociations infructueuses, le gouvernement a dû présenter un plan de réforme du marché du travail en solitaire. Quelles mesures réclamez-vous ? G. S. : « Il faut une réforme qui encourage la création de postes et réduise la dualité entre employés aux contrats indéterminés et ceux embauchés sous contrats temporaires. C’est indispensable pour réorienter durablement le modèle de croissance vers l’économie de la connaissance et permettre une amélioration durable de la productivité. Une réforme devrait donc introduire entre employés et chefs d’entreprises un “ pacte des revenus ” propre à chaque société et destiné à soutenir l’entreprise et l’emploi. Il faudrait aussi établir un taux plus réduit des cotisations sociales sur les emplois, réduire les différentes modalités de contrats existants – car le grand nombre de contrats provoque un turnover excessif qui entame la productivité –, et éliminer les normes associant l’augmentation du salaire à l’ancienneté et à l’inflation. Les Cámaras voudraient aussi que l’on permette aux agences d’emplois temporaires et aux agences privées de placement d’agir en intermédiaires entre les offres et les demandeurs d’emplois, que l’on établisse les mécanismes pour contrôler efficacement les arrêts maladies et décourager les absences. Enfin, nous réclamons un encouragement de la recherche d’emploi à travers les allocations-chômage et les indemnités de licenciement, la promotion de la flexibilité interne, géographique ou horaire, et une lutte plus active contre l’économie souterraine à travers des inspections et une sensibilisation des entrepreneurs, employés et consommateurs sur les effets nocifs de ces pratiques déloyales et frauduleuses. »Dans quelle mesure le marché du travail actuel porte-t-il préjudice aux PME-PMI ? G. S. : « C’est en période de crise que les problèmes liés à une régulation de l’emploi aussi rigide affleurent. Avec les normes en vigueur, une PME-PMI peine énormément à ajuster le facteur travail à ses besoins de production. Alors qu’elles avaient besoin d’adapter le nombre de leurs employés, beaucoup ont tout bonnement été forcées de fermer, car elles ne pouvaient pas payer les indemnités. Pour éviter cette situation, nombre d’entre elles décident d’embaucher sous des contrats à durée déterminée, ce qui a un impact sur leur productivité et compétitivité, l’investissement dans la formation d’un employé temporaire étant inférieur à celle destinée aux employés en CDI. »Vous avez réalisé une enquête auprès des entreprises pour évaluer leur réaction face à l’augmentation de la TVA en juillet (de 16 à 18 % et de 7 à 8 %). Quelles leçons tirez-vous des résultats ? G. S. : « À 92,4 %, les entreprises espagnoles sont largement opposées à une augmentation de la TVA si elle n’est pas accompagnée de mesures additionnelles pour en équilibrer les effets négatifs. Ainsi, deux tiers des entreprises la soutiendraient si elle allait de pair avec la baisse proportionnelle des charges sociales. Les Chambres de commerce défendent depuis déjà longtemps une combinaison de ces deux mesures. En l’état, les entreprises craignent que la hausse de la TVA ne retarde la sortie de crise. Compte tenu de la situation que traverse l’économie espagnole, elle aura inévitablement un effet sur la demande selon 70 % d’entre elles. Environ la moitié des participantes affirme donc préférer assumer l’intégralité ou une partie de cette augmentation, même au détriment de leurs marges de bénéfices. »Le taux de chômage atteint 20 % en Espagne. Comment l’expliquez-vous ? G. S. : « Le problème vient principalement du modèle productif et du fonctionnement du marché du travail. En Espagne, les secteurs mobilisant beaucoup de main-d’œuvre, comme les services ou la construction, occupent une part trop importante des activités. En outre, les produits industriels que nous exportons le plus intègrent une technologie moyenne ou basse, c’est-à-dire peu de valeur ajoutée, ce qui se traduit par de grandes vagues de destructions d’emplois lorsque l’activité baisse, même faiblement. Si l’on ajoute à cela une régulation du marché du travail qui décourage l’embauche, le résultat obtenu est un taux de chômage qui fait plus du double de la moyenne européenne. En 2009, la récession a été plus intense en Allemagne, en France ou au Royaume-Uni, mais le chômage a plus augmenté en Espagne. De nombreuses entreprises opèrent toutefois sur le marché international avec succès. Dans des secteurs tels que les énergies renouvelables, les télécommunications, les travaux publics ou même le secteur financier, elles projettent une excellente image de l’Espagne. »Alors que l’Espagne fait face à de nouvelles réformes, comment qualifieriez-vous l’évolution du pays depuis l’avènement de la démocratie, il y a trente ans ? G. S. : « Il s’agit d’une période marquée par la transformation et la modernisation la plus rapide qu’aient connue l’économie et la société espagnoles. Nos entreprises ont su s’adapter avec succès, mettre à profit de grands événements comme l’entrée dans l’Union européenne ou la création de la monnaie unique. Leur savoir-faire, le dynamisme de notre économie, le soutien des institutions et l’effort de tous ont porté leurs fruits. Nous avons su nous adapter à un environnement en pleine évolution et assumer avec optimisme à la fois les défis institutionnels – démocratisation des institutions, intégration dans une zone commerciale, monnaie unique –, mais aussi ceux générés par le marché – globalisation, nouveaux concurrents, nouvelles technologies et variations des prix des matières premières. C’est cela la principale caractéristique de notre économie et de nos entreprises : savoir surmonter des situations difficiles. »Comment se déroule le processus d’élections en cours dans les chambres espagnoles depuis le printemps ? G. S. : « Toutes les entreprises, personnes physiques et juridiques qui exercent des activités commerciales, industrielles ou de navigation peuvent participer au processus de rénovation des présidences des 88 chambres et de celle du Conseil supérieur, élues tous les quatre ans. Les présidents nouvellement élus des 88 chambres et huit personnalités de la vie économique espagnole forment ensuite le Conseil supérieur des chambres. C’est cette assemblée qui choisit à son tour le président du conseil et son comité exécutif. Nous espérons que la participation des entreprises sera élevée pour ce processus qui nous est cher. »
Élodie Cuzin
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Commerce International - Juillet-août 2010 No 65
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