
Illustration : D.R.
15 septembre 2008. Lehman Brothers, la quatrième banque de Wall Street, est au bord de la faillite. Le gouvernement américain refuse de sauver la prestigieuse banque d’affaires. Un moment décisif qui plonge le monde dans la pire crise depuis 1929.
Tout est parti de la bulle immobilière. Les banques et organismes de crédit américains, soutenus par la politique de la Réserve fédérale, ont consenti des crédits à des catégories de ménages au profil financier de moins en moins solide, sur la base de l’anticipation de la hausse des prix de l’immobilier plutôt que sur leur capacité réelle
à servir correctement leur dette. Ces prêts « subprimes » ont été « titrisés », c’est-à-dire transformés en titres financiers qui ont servi de socle à toute une gamme de produits dérivés. Les défauts de paiement croissants des ménages ont déclenché un effet domino remontant jusqu’au sommet de la pyramide financière. Les effets de la banqueroute du géant américain sont dévastateurs. Quelques jours suffisent à remettre en question le modèle des banques d’investissement indépendantes de Wall Street, tandis que la Fed revient sur sa décision et décide d’intervenir et d’aider Goldman Sachs et Morgan Stanley. De nombreux établissements bancaires sont nationalisés ou rachetés par des concurrents. Les banques revoient à la baisse leur offre de crédits, alors que les particuliers, anticipant la crise, réduisent leur demande. Un déstockage massif touche les industriels, provoquant un coup d’arrêt dans la production. On assiste à de nombreux licenciements et fermetures d’usine. Les gouvernements interviennent en mettant en place des plans de relance. Cible prioritaire : les secteurs les plus touchés, notamment celui de l’automobile. Les budgets des États se dégradent massivement et les dettes s’alourdissent. La récession n’épargne personne.
Un an après, le G20, réuni les 24 et 25 septembre à Pittsburgh, tente de tirer les leçons de la catastrophe. Les travaux sont ambitieux : régulation financière, cadre réglementaire et prudentiel de l’activité bancaire, rémunération des opérateurs de marchés, gouvernance et moyens alloués aux institutions financières internationales, lutte contre les paradis fiscaux, stratégies de sortie de crise… Le G20, qui représente 85 % de la richesse et les deux tiers de la population du globe, a remplacé le G7 comme directoire mondial où se décident les grands compromis économiques. Si de grandes réformes visant à normaliser les marchés financiers sont mises en place, il faudra ensuite respecter ces nouvelles règles. Certains pays se sont d’ores et déjà prononcés pour la création d’un superviseur mondial des marchés et des banques. Mais, encore une fois, l’unanimité sera difficile à obtenir. Beaucoup de chemin reste à faire.
« La crise, un phénomène cyclique »
Nicolas Chéron et Pierre Bey-Rozet sont deux analystes chez Zonebourse.com.
Commerce International : Un an après, comment qualifieriez-vous la crise que nous avons vécue ?
« Il s’agit d’une crise historique, de part les pertes abyssales enregistrées par les établissements bancaires, la chute des indices boursiers ou encore les montants alloués par les États afin de stopper l’hémorragie. Nombreux sont ceux qui l’ont comparé à celle de 1929. C’est également une crise de confiance, car la psychologie
a son importance dans le domaine boursier. Alors que l’indice CAC 40 flirtait avec ses plus bas de 2003 en octobre dernier, la peur a fait vendre bon nombre de particuliers à proximité du point bas. La crise se cantonnant au secteur bancaire grâce au soutien des états, la surmédiatisation a eu un impact plus fort sur les esprits que sur l’économie réelle. »
La crise a-t-elle modifié le paysage bancaire ?
« Aux États-Unis, le secteur a connu une vague de fusions-acquisitions, mais le paysage bancaire européen n’a pas été bouleversé, les banques ayant résisté grâce au jumelage banque de détail-banque d’investissement. »
La confiance est-elle revenue sur les marchés boursiers ?
« La confiance est de retour, à l’image de nombreuses valeurs ayant retrouvé une valorisation d’avant crise ou encore d’indicateurs avancés, tels que la volatilité. La volatilité est actuellement faible et traduit un retour au calme, une certaine sé-
rénité des opérateurs. Toutefois, l’étude du marché des taux fait état d’une certaine réserve et invite à la prudence. »
Quelles leçons ont été tirées ?
« La mode n’est plus aux produits titrisés, à effet de levier ou autres dérivés complexes. La division risque des banques devrait à nouveau retrouver une place importante dans le processus d’investissements. Toutefois, n’ayons pas la naïveté de croire qu’il n’y aura plus de crise. Du fait de la nature humaine, les excès continueront d’exister et de mettre à l’épreuve le système financier… C’est un phénomène cyclique.»
Peut-on dire que la crise est derrière nous ?
« La crise de confiance oui, la crise financière pas encore. Malgré la remontée des indices boursiers, les banques n’ont pas encore complètement purgé leurs actifs toxiques. Il faudra attendre la publication des résultats du second semestre pour avoir plus de visibilité. »