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Javier Gómez-Navarro, président du Conseil supérieur des chambres de commerce espagnoles 28 février 2009 à 16:01 | Envoyer à un ami | Version imprimable

Restaurer la confiance

Après une décennie florissante, l’Espagne est officiellement entrée en récession et ses entreprises subissent la crise de plein fouet. Selon le réseau national des Chambres de commerce, les accès au crédit et à l’innovation constituent deux facteurs essentiels pour stimuler la reprise aujourd’hui nécessaire.

Photo : D.R.
Photo : D.R.
Javier Gómez-Navarro préside le Conseil supérieur des chambres de commerce espagnoles depuis 2005. Cet industriel de 63 ans en appelle à l’action politique pour soutenir les entreprises espagnoles dans une conjoncture des plus difficiles.

Commerce International : Quel est l’impact actuel de la crise sur les PME espagnoles ?
Javier Gómez-Navarro :
« Toutes les entreprises, et en particulier les PME, doivent affronter des obstacles importants dans leur développement. Elles rencontrent de sérieux problèmes de trésorerie dans beaucoup de cas. Les arriérés, tant des clients publics que privés, ont augmenté sensiblement durant les derniers mois. De ce fait, l’accès au financement conditionne la viabilité des affaires. Certaines entreprises, rentables jusqu’à présent, ont cessé de l’être par manque de capital circulant. La crise en Espagne a trouvé son origine dans le secteur immobilier, puis elle s’est étendue à tous les secteurs. Même des activités à caractère anticyclique ont été touchées par les effets de la récession. Il ne s’agit pas de la décélération d’un secteur, d’une catégorie d’entreprises ou d’un pays en particulier, mais bien d’une récession générale, tant du point de vue territorial que sectoriel. »

Le gouvernement espagnol a lancé un vaste plan pour relancer l’économie. Ce plan a-t-il rassuré les entrepreneurs ?
J. G.-N. :
« Les indicateurs de confiance sont au plus bas depuis plusieurs mois, du côté des consommateurs comme des entreprises. Le dernier indice publié par les Chambres de commerce a enregistré une nouvelle chute au mois de janvier : il se situe à - 25,2 points, soit 6 points de moins depuis le mois d’octobre 2008. Les mesures prises par le gouvernement vont dans le bon sens, mais il reste à connaître leur application. La première préoccupation est de faire parvenir aux entreprises l’argent perçu par les banques afin de résoudre les problèmes de notre économie. »

Quelles actions le Conseil supérieur des chambres compte-t-il mener pour y remédier ?
J. G.-N. :
« La liste est interminable. Car il faut avoir en tête que les 87 Chambres de commerce espagnoles, les conseils régionaux et le conseil supérieur représentent 400 centres d’attention. Tout ce petit monde œuvre sur le terrain en restant attentif aux besoins des entreprises sur chaque partie du territoire et en adaptant de façon constante ses services à la demande. Quelques mois avant que la crise économique et financière ne soit palpable, nous travaillions déjà sur des actions spécifiques pour soutenir les PME. Parmi elles figurent l’élaboration d’études économiques et la publication d’enquêtes et d’informations sur la situation réelle du tissu entrepreneurial. Nous mettons également en place des formations spécifiques liées à la conduite à adopter en temps de crise. Nous préparons des cours expliquant comment réduire les coûts fixes et faire face au problème des retards de paiements, ou encore des classes sur les nouvelles formes de financement, sur l’ouverture aux nouveaux marchés… À cela s’ajoute tout l’effort de lobbying auprès des pouvoirs publics et le travail de rapporteur auprès des administrations et de l’opinion publique sur les difficultés rencontrées par les entrepreneurs. »

Certains experts affirment que les PME sont la solution pour sortir de la crise…
J. G.-N. :
« Les PME constituent une partie de la solution, car leur poids dans l’économie est important. Elles jouent un rôle notable en termes de création d’emplois et de croissance. Leur capacité d’adaptation aux changements économiques et aux problèmes du quotidien, avec souplesse et créativité, déterminera la croissance future. En outre, les PME contribuent de manière considérable à la cohésion sociale et régionale, des éléments primordiaux dans le contexte actuel. »

La survie des PME ne dépend-elle pas de leur capacité à innover ?
J. G.-N. :
«La survie d’une entreprise dépend de beaucoup de facteurs, mais surtout de sa capacité à être compétitive dans un marché global. La capacité d’innovation, entendue au sens large, en constitue un autre. Bien que l’Espagne ait fait de véritables progrès en ce domaine ces dernières années – notamment en ce qui concerne la part des investissements en I+D+I (1) par rapport au PIB –, nous demeurons au-dessous de la moyenne européenne. »

La création d’un marché boursier pour les PME est-elle une bonne alternative pour résoudre la problématique de leur financement ?
J. G.-N. :
« Je le répète, les entreprises subissent de graves problèmes de financement. Au trimestre dernier, 80 % des PME qui se sont dirigées vers les banques ont avoué avoir rencontré des difficultés pour accéder à un prêt. Les conditions se sont considérablement durcies sur les quantités octroyées, les délais et les coûts. La Bourse ne se situe pas dans la période idéale pour absorber de nouvelles émissions corporatives venant des PME, lesquelles ont d’ailleurs peu de liquidités. Cette alternative ne peut donc pas résoudre le problème du financement. Il est nécessaire de développer des actions politiques pour rétablir la normalité des marchés financiers, et l’on doit faciliter les crédits accordés par les banques aux PME et aux familles. »

Comment votre réseau collabore-t-il avec les régions espagnoles, qui ne sont pas toutes touchées de la même façon par la crise ?
J. G.-N. :
« Par l’échange d’expériences et de connaissances et par la mise en place de projets et de services afin de favoriser la compétitivité des entreprises. Les Chambres développent leur fonction consultative auprès du gouvernement et des administrations. Le réseau pointe du doigt le coût des cotisations sociales et de l’impôt sur les sociétés. Il serait souhaitable d’entamer une vraie réflexion sur le financement du système de protection sociale. Priorité devrait être donnée à la question de la TVA et aux impôts indirects. En outre, l’Espagne possède la bureaucratie la plus coûteuse des pays de l’OCDE, ce qui nuit à la compétitivité. Nos Chambres promeuvent aussi la création d’entreprise – via un programme de guichet unique entrepreneurial –, l’internationalisation des PME, l’innovation et l’utilisation des nouvelles technologies. »

(1) Appellation nationale désignant la recherche scientifique et le développement des nouvelles technologies : Investigación científica, Desarrollo y Innovación tecnológica.

Propos recueillis par Interviewed by Arnaud Boularand


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