Quand le comité de liaison pour la promotion des migrants et des publics en difficulté d’insertion (CLP) a vu le jour, en 1980, ses objectifs étaient clairs : encourager les structures membres de son réseau à intervenir en amont de la qualification pour des publics qui n’y avaient pas accès. Près de trois décennies plus tard, le marché du travail, à l’instar de la société française, a muté. Le CLP s’est adapté. «
Autrefois, le problème de la maîtrise de la langue chez les publics migrants, majoritairement issus de pays francophones, se posait différemment », remarque Thierry Picquart, son directeur. Sa mission première aujourd’hui : améliorer la qualité des dispositifs de formation et d’insertion et favoriser la mise en place d’ingénieries et de pratiques pertinentes.
Agissant comme un véritable espace de coopération, le CLP fait aussi figure de laboratoire d’expérimentation pédagogique, à la croisée entre politiques publiques, recherche universitaire et organismes de formation (conception de nouveaux champs, sessions de formation, études et expérimentations, création d’outils pédagogiques, etc.). Mais depuis quelques années, le Comité de liaison concentre son attention sur un nouveau chantier : la compétence linguistique.
C’est avec la loi du 4 mai 2004 que l’apprentissage de la langue française est institué comme compétence professionnelle éligible dans le cadre de la formation continue. Une opportunité que le CLP s’empresse de saisir, soucieux de faire entrer cette nouvelle donne dans les plans de formation des entreprises. «
Dès 2004, nous avons commencé à dresser un état des lieux de la prise en compte de la formation linguistique pour les publics migrants, au sein des secteurs du BTP, de l’hôtellerie-restauration, de la propreté et du travail temporaire, détaille Mariela de Ferrari, directrice des programmes du CLP.
La prise en compte de cette question restait marginale et les stratégies de contournement étaient courantes. L’analyse des besoins langagiers en contexte professionnel restait à construire. »
Dans un contexte de renversement de la pyramide des âges et de chômage important quand certains secteurs peinent à recruter, la question de la compétence communicative des salariés s’avère cruciale. «
Autrefois, ne pas savoir lire le français n’était pas discriminant, résume Thierry Picquart.
Désormais, avec l’évolution des procédures et des normes de sécurité, c’est un impératif. » «
Trop longtemps, on a considéré la maîtrise du français seulement du côté des compétences sociales, poursuit Mariela de Ferrari.
Mais la situation évolue lentement : certains employeurs, notamment dans le BTP, reconnaissent désormais l’importance de la prise en compte de la communication orale et écrite pour intégrer durablement le monde du travail et progresser en son sein. »
Le CLP vient donc de mettre au point un outil qui cible les besoins des salariés en fonction de leur contexte professionnel. Et sensibilise les organismes de formation continue pour qu’ils développent un argumentaire vis-à-vis des entreprises. «
Des retours positifs commencent à nous parvenir de la part des entreprises qui mettent en place ces formations, se réjouit la directrice des programmes du CLP. Rien d’étonnant : elles observent un vrai retour sur investissement ! »