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PME-PMI 1 février 2008 à 16:50 | Envoyer à un ami | Version imprimable

Quand Montreuil entonne l’international

La ville de Montreuil, voisine de Paris, était déjà connue pour être un territoire propice aux implantations d’entreprises. Le plus surprenant demeure néanmoins l’action menée par sa municipalité en faveur du développement à l’international des entreprises locales. Grâce à la création d’une association, les chefs d’entreprise montreuillois bénéficient d’un soutien hors du commun pour l’export. Peut-être un remède aux maux du commerce extérieur français ?

Jean-Pierre Brard & Yejing Zhu
Jean-Pierre Brard & Yejing Zhu

Chambres de commerce, syndicats patronaux, éventuellement clubs d’entreprises à l’échelon départemental, voilà les structures d’accompagnement et d’animation des entreprises du territoire français. Chacune d’entre elles représente naturellement un potentiel unique en termes d’expertise, de connaissance des marchés spécifiques, de l’international, etc. En matière de commerce extérieur, d’ailleurs, tant les CCI que les syndicats patronaux – le Medef en tête – organisent des missions à l’étranger avec leurs délégations d’entreprises. Cependant, sur une commune limitrophe de l’est de Paris, l’accompagnement des entreprises a pris une forme tout à fait singulière du fait de la politique de développement économique initiée par son maire.
Montreuil, ville de Seine-Saint-Denis, compte un peu plus de 91 000 habitants et environ 3 000 entreprises (dont sociétés civiles immobilières, domiciliations, etc.) parmi lesquelles les sièges sociaux d’Axara, de Blay Foldex, du groupe Nouvelles Frontières, d’Ubisoft ainsi que d’autres prestigieuses enseignes à l’instar du département systèmes d’information du groupe BNP Paribas. Les immeubles de bureaux, grands, beaux et vitrés, y poussent comme des champignons – non sans styles et réflexions urbanistiques, d’ailleurs. Territoire de mixité sociale, où les classes sociales modestes côtoient une population citadine jeune et plus aisée, la première ville du département est incontestablement surprenante quant à ses contrastes.
Théâtre d’une longue histoire ouvrière, Montreuil s’est orientée vers l’avenir. En bordure du périphérique parisien trônent les modernes bâtiments du syndicat CGT, juste en face d’un centre commercial estampillé Carrefour. Sur cette commune, épicentre de l’Est parisien, le respect de la culture industrielle, artisanale et populaire ne nuit pas au développement économique. Bien au contraire. À Montreuil, politique sociale et développement économique forment un duo gagnant-gagnant. Un concept que Jean-Pierre Brard, député-maire de la ville, véritable animal politique bien connu des Français, a rodé depuis plus de 20 ans.

Une association pour l’initiative économique
Probablement un peu du fait de son histoire politique – Montreuil fut longtemps un bastion du Parti communiste français et Jean-Pierre Brard en est un ancien membre –, on ne peut occulter la grande tradition internationale de la ville. En termes de coopération, Montreuil soutient activement de nombreux développements au Mali. Culturellement, les échanges sont nombreux avec les Peco (pays de l’Europe centrale et orientale), le Vietnam et la Chine. C’est justement de la transformation de cette aptitude à entretenir des relations politiques pérennes avec des autorités étrangères que sont nés des programmes d’accompagnement dédiés aux entreprises montreuilloises. Tout commence en 1984, alors que des échanges avec la ville allemande de Cottbus aboutissent à une invitation à la Foire internationale de Leipzig (dans l’ex-RDA), incontournable et presque unique carrefour des affaires et des entreprises venues de l’Ouest comme de l’Est. Cette première expérience fut l’occasion, tant pour l’équipe municipale que pour les entreprises de Montreuil, de comprendre tout l’intérêt du recours aux relations politiques au profit de partenariats économiques dans des pays où le rôle de l’administration publique est majeur. Dès 1986, les autorités algériennes, à leur tour, contactent le maire de Montreuil pour participer à la Foire internationale d’Alger. L’année suivante, pas moins de 20 entreprises de la ville prenaient le chemin de l’Algérie. Une opération, renouvelée depuis tous les ans et qui n’a jamais connu d’interruption malgré les guerres civiles.
Le 12 février 1988, pour organiser ces déplacements de délégations entrepreneuriales à l’étranger, Jean-Pierre Brard et quelques chefs d’entreprise ont l’idée de fonder l’Association montreuilloise pour l’initiative des entreprises (AMIE). « Contrairement à un service municipal, la forme associative a permis de responsabiliser les entreprises membres. C’est aussi une forme non administrée et plus souple que si elle dépendait directement de la mairie. Le conseil d’administration étant constitué d’entrepreneurs, ces derniers demeurent libres d’orienter les actions de l’association sur tel ou tel marché », indique Camille Sari, directeur de l’AMIE depuis son origine. Pendant plusieurs années, l’association fut néanmoins présidée par Jean-Pierre Brard lui-même, ce qui n’aura sans doute pas nuit pour consolider la structure avant qu’elle ne vole de ses propres ailes. Et monsieur Brard, tout membre du groupe des députés communistes et républicains qu’il soit, d’ajouter en souriant : « Ce n’est tout de même pas la vocation du maire de présider une sorte d’association patronale de développement économique. »

Un partenaire unique en son genre
Aujourd’hui, l’AMIE fête ses 20 ans et compte 289 entreprises membres, principalement montreuilloises. L’international demeure toujours sa principale préoccupation. À ce titre, elle revendique des missions en compagnie d’entrepreneurs dans 52 pays. Le leitmotiv : accompagner les sociétés et leurs dirigeants dans des pays où la relation politique joue un rôle dans les négociations commerciales. Algérie, Vietnam et Chine figurent parmi les destinations citées en exemple par les responsables de l’association.
Subventionnée en moyenne à hauteur de 60 000 euros par la mairie de Montreuil et à hauteur de 23 000 euros par la région Ile-de-France, l’AMIE propose gracieusement à ses membres tous ses services d’accompagnement, de conseil et d’animation de réseau. Hébergée dans des locaux de la ville – l’Atrium –, elle bénéficie, de plus, de la prise en charge du salaire de son directeur. En 2006, un total de 157 000 euros a ainsi été alloué par la municipalité à l’association (146 000 euros en 2007).
Cet engagement inédit, sur le fond et la forme, d’une administration de commune pour le développement économique de son territoire ne manque pas de susciter curiosité et intérêt. D’abord de la part des acteurs naturels du conseil et de l’accompagnement d’entreprises sur les marchés étrangers que sont les Chambres de commerce et l’agence gouvernementale du commerce extérieur Ubifrance. « Grand nombre de nos opérations sont réalisées en collaboration avec la CCI de Paris (CCIP) ou Ubifrance, raconte Camille Sari. En fait, notre structure est très complémentaire des Chambres de commerce, puisque nous agissons comme interface locale. Lors de la préparation de la Foire d’Alger, par exemple, les services de la CCIP ne font pas de campagne sur Montreuil pour nous laisser la main. De même, si certains de nos membres veulent participer à des rencontres sectorielles à l’étranger, nous les présentons à la Chambre de commerce, car les actions de l’AMIE sont davantage transversales. Nous partageons notre expertise. » Intérêt aussi de la part des communes voisines de Montreuil, dans lesquelles des clubs d’entreprises ont vu le jour ces dernières années. D’autres associations qui, si elles n’ont pas fait de l’international leur spécialité, sollicitent régulièrement l’AMIE pour répondre aux problématiques rencontrées avec leurs membres. Ces clubs réunis au sein de l’ACTEP (Association des collectivités territoriales de l’Est parisien) préparent aussi l’organisation d’un carrefour des entreprises qui devrait succéder au Salon des entreprises de Montreuil.

Tremplin pour l’internationalisation des PME
Préparer le terrain avec les responsables politiques locaux et les ambassades françaises. Choisir la logistique et les interprètes. Sélectionner scrupuleusement, selon les réalités des marchés, les entreprises montreuilloises participantes. Toutes ces tâches essentielles à la bonne prospection dans un pays étranger, l’AMIE les exécute pour ses membres. Un travail qu’aucune petite entreprise ne pourrait se permettre de réaliser seule tant il réclame de temps, d’argent et de personnel qualifié. Les actions de l’association de Montreuil s’adressent d’ailleurs uniquement aux PME.
A côté des conférences, « l’AMIE propose la rencontre “Réseau inter-entreprises” qui sensibilise les dirigeants sur différents sujets que l’on apprend en général dans les écoles de commerce. C’est une façon d’informer ces chefs d’entreprise, qui dans les PME ont rarement fait les grandes écoles, sur des techniques ou des éléments de réflexion », poursuit Camille Sari. Un rendez-vous suivi tous les mois par une vingtaine d’entreprises, financé par le conseil régional et l’association.
Autre manifestation : le club des entreprises, une émanation de l’AMIE qui réunit tous les deuxièmes jeudis de chaque mois une cinquantaine de responsables d’entreprise lors d’un dîner. Ici, le mot d’ordre est « réseautage ». Et nombreux sont les entrepreneurs de Montreuil, ou d’autres villes puisque le club est ouvert à tous, qui ont pu y construire des relations enrichissantes et des synergies locales, voire s’y découvrir une passion pour l’international et les marchés étrangers. À l’heure où l’on demande aux Chambres de commerce françaises d’identifier de nouvelles entreprises potentiellement exportatrices, une association telle que l’AMI ne s’illustre-t-elle pas déjà dans ce mouvement, ô combien nécessaire à l’économie nationale, qui consiste à encourager les sociétés de petite taille à oser l’international ? La mairie de Montreuil est tout à fait disposée à mettre ce modèle en partage.


Philippe Adam


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