Lancée fin 2004, la politique des pôles de compétitivité à la française porte-t-elle ses fruits ? C’est l’objet d’une évaluation en cours dont les résultats devraient être connus en juin prochain. Les cabinets Boston Consulting Group et CM International effectuent ce travail pour le compte des ministères français de l’écologie et de l’économie (1), avec pour mission principale d’étudier « de façon précise » le cas de chaque pôle.
Définis par la Loi de finances pour 2005 comme « le regroupement sur un même territoire d’entreprises, d’établissements d’enseignement supérieur et d’organismes de recherche publics ou privés (…) », 71 pôles français ont été labellisés par un comité interministériel. L’État a prévu de consacrer, pour la période 2006-2008, 1,5 milliard d’euros à leur financement, à travers des aides au développement des projets R&D présentés et d’exonération fiscale aux entreprises participant à ces projets. Priorité de la stratégie française : la compétitivité des PME à l’international. « L’état est passé d’entrepreneur à catalyseur. Notre rôle consiste à recentrer certaines énergies en faveur de l’international, là où s’observent une mé-connaissance ou une absence de réseau. Cela se traduit, notamment, par de la diplomatie économique », explique Bruno Nicoulaud, adjoint au chef de bureau des partenariats technologiques, des grands groupes industriels et des pôles de compétitivité à la Direction générale des entreprises (DGE).
Partenariats européens
Cette démarche française s’inscrit dans un cadre plus large, avec la volonté du Conseil européen de Lisbonne, en mars 2000, de donner plus d’élan à la compétitivité des entreprises et des territoires d’Europe (2). Des pays comme l’Allemagne, l’Italie ou encore le Danemark n’ont pas attendu les années 2000 pour se lancer dans la mise en place de réseaux d’entreprises innovantes. Si la terminologie et les modèles varient d’un pays à l’autre, on retrouve partout les deux objectifs d’innovation et de compétitivité internationale.
Ces exemples européens constituent aujourd’hui pour les pôles français un vivier de partenaires potentiels. D’autant que la Commission européenne encourage la collaboration entre clusters, notamment avec la mise en place, en 2007, de l’European Cluster Alliance. Cette jeune plate-forme devrait favoriser la mise en commun des « bonnes pratiques » entre regroupements. Le « Mémorandum des clusters européens », présenté lors de la première conférence de la présidence européenne relative à l’innovation et la compétitivité (les 22 et 23 janvier 2008), est issu de cette alliance. La politique européenne de « clustering » marque ainsi un tournant.
Sur le terrain français, le tournant relève essentiellement « de la maturité où arrivent aujourd’hui les pôles et du bilan que l’on en tire. Certains montrent plus d’appétence pour l’international, et cela pour plusieurs raisons : niveau technologique, présence de grandes entreprises, activité des universités… Dans l’ensemble, les partenariats avec des clusters étrangers demeurent limités à une dizaine. Et il s’agit encore, surtout, d’échanges d’informations », explique Bruno Nicoulaud.
Observer les expériences étrangères
Pour les développer, la DGE mise sur des conventions de partenariats entre pôles français d’un même secteur. « Arriver au Japon avec une bannière territoriale Midi-Pyrénées ou Nice Côte d’Azur sans créer de synergies entre compétences nationales d’une même filière nous paraît risqué. Parallèlement à une recherche de l’excellence territoriale, une mise en réseau s’opère petit à petit. » Priorité a été donnée aux pays présentant un maximum de points communs avec le modèle français, qui implique un effort de recherche extrêmement élevé sur un territoire donné. « Lorsque l’on effectue le bilan, on retrouve quelques pays, dont les Etats-Unis, même si dans d’autres domaines leur fonctionnement diffère notablement (le cahier des charges commun et la gouvernance, par exemple). Nous venons de lancer une étude des grands clusters américains, qui vise à les cartographier et à déterminer les interlocuteurs avec qui travailler et les opportunités de partenariats avec les pôles français », poursuit Bruno Nicoulaud. « Comment ont-ils résolu la formation de leurs bassins d’emplois, la question du financement, en particulier en matière de capital-risque (investissements en fonds propres dans de jeunes entreprises, ndlr) et d’implication des banques ? Quel est l’impact positif de ces clusters sur leurs territoires ? Répondre à ces questions devrait nous permettre d’en tirer le meilleur. »
L’état s’appuie sur des partenaires tels que les missions économiques, l’agence Ubifrance, les délégations régionales, municipales, consulaires à des fins de prospection commerciale et d’observation des « best practices » dans les pays cibles – états-Unis, Canada, Japon, Corée, Chine, Inde, Israël, Brésil, Mexique et pays européens – pour lesquels existent des fonds de financement, comme EUREKA, qui facilitent la collaboration entre états membres.
Dans les prochaines années, la France compte présenter ses pôles sous une même bannière, tout en conservant à chacun une identité forte et propre. Elle espère les voir contribuer à la visibilité du « Made in France », à une « nouvelle excellence à la française ». « Un pôle doit être géré comme une marque. Peu d’entre eux ont d’ailleurs déposé leur nom. Aerospace Valley (3), par exemple, a bien compris l’intérêt de se vendre comme tel avec tous les outils marketing qui vont avec. Nous y réfléchissons avec l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII.) »
(1)Ministère de l’écologie, du Développement et de l’Aménagement durables et ministère de l’économie, des Finances et de l’Emploi.
(2)Le Conseil européen de Göteborg, en juin 2001, a confirmé le processus de Lisbonne en lui ajoutant une dimension environnementale, d’où l’implication du ministère français de l’écologie dans les pôles.
(3)Pôle de compétitivité mondial Midi-Pyrénées et Aquitaine (aéronautique, espace, systèmes embarqués) ; il s’agit du premier bassin européen d’emplois dans ces filières.