
Antonio María Fernández Palacios (Photo : D.R.)
La crise s’attarde en Espagne et l’Andalousie, l’une des régions les plus pauvres, n’est pas épargnée avec un taux de chômage dépassant les 26 %. Compte tenu de l’« incertitude économique actuelle, les entreprises doivent orienter leurs activités vers l’extérieur, à la recherche de nouvelles niches et opportunités », affirme Antonio Ponce Fernández, président du Conseil andalou des chambres de commerce, dans la présentation de son « plan de promotion des exportations Andalousie 2010 ».
Longtemps déficitaire, la balance commerciale de l’Andalousie est en train de s’équilibrer. Les importations (18 milliards d’euros) ont encore devancé les exportations (14,33 milliards d’euros) en 2009, mais ces dernières « ont augmenté l’année dernière », souligne Antonio María Fernández Palacios, secrétaire général du Conseil andalou des chambres de commerce. Il constate aussi une évolution notable dans l’attitude des entreprises andalouses. « Les petites PME ont moins peur face aux marchés extérieurs. Auparavant, seules les grandes entreprises se lançaient. » Prudence cependant, car si la tourmente économique actuelle offre des débouchés externes, elle comporte aussi des risques. « Les difficultés nous rendent plus actifs, mais il s’impose également de mieux calculer l’impact d’une ouverture. C’est un véritable investissement et il faut souvent environ trois ans à l’entreprise pour qu’elle parvienne à se positionner de manière optimale », analyse Antonio María Fernández Palacios. « C’est là que nous tentons de les aider. » Sur l’ensemble de 2010, le Conseil compte ainsi investir 7 millions d’euros pour soutenir les initiatives exportatrices à travers plus de 300 actions dans quelque 60 pays. « Et ce budget n’inclut pas toute la logistique impliquée », précise Antonio María Fernández Palacios, qui prévoit notamment 39 missions commerciales à l’étranger. « Nous préparons pour chaque entreprise un agenda personnalisé selon ses objectifs avec une dizaine de rencontres, en travaillant de concert avec les ambassades sur place », explique-t-il. « Ce sont les initiatives les plus appréciées par les entreprises. »
Luis Camacho Perea, directeur des exportations de l’enseigne agroalimentaire Angel Camacho, confirme. « Nous utilisons les services des chambres de la région depuis longtemps », explique ce spécialiste des olives, huiles, confitures et infusions, dont deux tiers des ventes partent vers 86 pays. « Nous participons à de nombreuses missions commerciales, qui sont utiles commercialement et nous permettent aussi parfois d’échanger des contacts pertinents avec les autres participants – lorsqu’ils ne sont pas concurrents bien sûr ! » L’enseigne complète les initiatives des chambres de commerce avec ses propres actions commerciales. Elle préfère par exemple posséder son propre stand dans les salons, même lorsque le Conseil a prévu un emplacement collectif. Les stratégies dépendent ici de la taille des entreprises. Les PMI-PME sont, quant à elles, heureuses de pouvoir participer aux côtés du Conseil aux grandes rencontres internationales malgré leurs moyens limités, assurent ses responsables.
Le plan andalou d’aide aux exportations 2010 propose également aux entreprises de la région des formations pour mieux cibler la promotion extérieure, des informations sur les procédures parfois fastidieuses et les documents nécessaires à l’exportation, sur les meilleures stratégies d’ouverture à de nouveaux marchés, etc. Elle compte aussi le soutien d’Extenda, l’agence publique andalouse de promotion extérieure, avec laquelle les chambres andalouses collaborent parfois.
Secteur stratégique en Andalousie, l’agroalimentaire cohabite aujourd’hui avec de nouvelles activités. Le tourisme, bien sûr, mais aussi l’énergie, l’aéronautique, l’électronique et la Défense composent une nouvelle économie plus diversifiée qui devrait, espère-t-on là-bas, attirer investisseurs et acheteurs étrangers.
Élections dans les chambres andalouses
Toute l’Espagne est engagée cette année dans le grand processus de rénovation
des directions des chambres de commerce. Convoquées par le ministère de l’Industrie le 1er octobre 2009, ces élections se tiennent à des dates différentes, choisies par
les présidences des 17 communautés autonomes qui composent l’Espagne. En Andalousie, on s’attend à connaître ce mois-ci le nom du nouveau président du Conseil des chambres de commerce, qui doit être élu par les nouveaux présidents des 14 chambres de commerce, d’industrie et navale, eux aussi fraîchement installés. Convoquées le 23 mars, les élections n’ont duré que deux jours, mais le dépouillement et la constitution des assemblées, qui à leur tour pourront choisir leurs présidents, prennent plusieurs semaines. « Cela n’empêche pas nos institutions de continuer à fonctionner », s’empresse de préciser Antonio María Fernández Palacios, secrétaire général du Conseil andalou des chambres de commerce. Ce grand processus électoral n’a cependant pas que des supporters. « Rénovation des chambres ? Tous les chefs d’entreprises sont inscrits - obligatoirement - dans les registres électoraux, mais seul 1 % d’entre eux votent », se plaint un internaute en réaction à un article de presse. « La raison ? (…) On ne peut pas voter dans les délégations des chambres - il y en a plusieurs par province. (…) Quelle légitimité démocratique avec une participation de 1 % ? C’est lamentable. » Chaque province d’Andalousie (c'est-à-dire l’équivalent des départements français) a en effet sa propre chambre et 6 villes comptent également sur leurs propres institutions. Les électeurs ne peuvent voter qu’en se rendant dans ces 14 points. « Les chambres sont des corporations de droit public et les entreprises sont en effet inscrites d’office aux registres, mais les plus petites n’ont pas à contribuer financièrement aux CCI », avance Antonio María Fernández Palacios. « Il est difficile d’établir des termes électoraux similaires à ceux en vigueur dans des élections politiques », reconnaît-il. « Mais on ne peut nier la représentativité du processus : 15 000 entreprises ont voté en Andalousie. Un homme d’affaires ne peut, certes, perdre sa matinée pour aller voter dans la capitale provinciale. Mais c’est un échantillon représentatif. »